Détention : système carcéral, brimades et violences

jeudi 9 septembre 1999.
 

(Les lieux de détention figurent entre parenthèse à la fin de chaque extrait.)

Afin de neutraliser certaines critiques des opposants aux conditions de détention ou à la détention même des sans papiers et demandeurs d’asile, les différents Ministres de l’Intérieur et leurs fonctionnaires affirment haut et fort que les centres fermés ne sont pas des prisons, qu’ils sont au contraire censés remplacer. Ils insistent sur le côté plus humain de cette détention, sur les espaces de vie à dimension humaine et autorisant une plus grande circulation doublée d’une plus grande variété d’activités...

Et de rappeler que les sans papiers sont susceptibles de mettre fin à leur détention... en quittant le pays.

Ce discours est largement en contradiction avec la réalité et son volet dissuasif.

Un système carcéral
« Je préfère être en prison qu’au centre fermé. C’est plus clair, je n’ai rien à dire. De l’autre côté, on m’a fait croire que j’avais des droits. A Bruges, nous étions 20 par chambre ; ici, il fait plus calme, du moins dans l’aile A ». (prison de St Gilles).
Témoignage recueilli par Martine Schüttringer (février/mars 1999)


Surveillance - isolement de l’extérieur
« Dans le centre, avant qu’ils vous donnent une carte téléphone, vous devez laver les toilettes durant quatre jours et c’est seulement ensuite qu’ils vous donneront une carte de 200 FB. Lorsque vous appelez, ils vérifient d’abord le numéro. Si c’est Amnesty ou les « Human rights » ils coupent la communication. Quand vous parlez, ils se placent à vos côtés pour écouter la conversation. Si vous écrivez une lettre et la leur donnez, ils vont l’ouvrir parce qu’ils ne veulent pas que vous disiez à l’extérieur ce qui se passe dans les centres fermés, parce qu’ils savent que ce qu’ils font est mal et contre les droits humains. Donc, ils s’assurent que personne ne sache ce qui se passe et que le courrier n’arrive pas à destination ». (Merksplas)
Témoignage recueilli par le Collectif Contre les Expulsions. (juillet 1998)

La vie dans le centre et relations avec les gardiens
« Au centre, il faut le reconnaître, la vie est faite de monotonie avec toujours les mêmes heures de repas, de récréation (une ou deux heures car je sortais rarement dehors).
Parmi les gardes certains étaient gentils, par contre d’autres exécrables et embêtants. Dès fois, ils attendent que l’on se couche pour venir allumer la lampe et voir si les vitres n’étaient pas cassées ou je ne sais quoi. Ce qu’ils détestaient le plus c’est de vouloir communiquer avec les gens de l’autre aile et je me rappelle que la fenêtre de la toilette homme a été définitivement fermée à cause de cela ».
(127 bis) Témoignage recueilli par le Collectif Contre les Expulsions. (juillet 1998)

« Ensuite le problème avec les gardiens. Tout le monde les déteste, même si quelques-uns sont biens. Mais si le directeur les repèrent, un jour ils ne viendront plus travailler. Alors les plus mauvais continuent à venir tous les jours, à nous insulter, nous dire que nous devons rentrer dans nos pays, que la Belgique a aussi des problèmes. Si tu commences à argumenter avec un gardien, il va aller chez le directeur et dire que vous êtes insultant et ils vous enverront en isolement un jour. Après cela, vous laverez le hall durant deux jours ». (Merksplas)
Témoignage recueilli par le Collectif Contre les Expulsions. (17/1/1999)

Relations avec les gardiens et résistance
« Le même garde me disait une autre fois encore que si un homme est armé, je devrais le respecter alors je lui répondais oui car cette arme est en fait une puissance et lui opposer une résistance sur-le-champ est une idiotie mais une fois qu’elle est absente le respect disparaît et je lui citais encore Rousseau : « Le fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître ». Le garde exaspéré s’en retourna, me laissant en paix et sur une feuille j’accrochais cette citation au mur ». (127 bis).
Témoignage recueilli par le Collectif Contre les Expulsions. (juillet 1998)

Relations avec les gardiens et sanctions
« Rose, l’amie de Semira, était au téléphone. L’homme a coupé le téléphone et elle a perdu la carte. Elle a commencé à crier. Elle va à l’infirmerie et revient. Ils l’appellent et lui disent que son avocat est là - menottes et cellule d’isolement pendant un jour. Nous étions dans la même aile et ils l’ont transféré dans l’autre aile, loin de Semira …
Un jour, j’ai perdu ma carte pour la nourriture. Ils ont refusé de me donner à manger. Alors j’ai sauté pour prendre la nourriture derrière le comptoir. La femme a appelé la sécurité. Menottes et cellule d’isolement pendant un jour. Ensuite ils m’ont donné une nouvelle carte pour pouvoir manger. Je suis resté plus d’un jour sans manger ». (127 bis)
Témoignage recueilli par le Collectif Contre les Expulsions. (août 1998)

Utilisation des cellules d’isolement
« Lorsque je suis revenu à Bruges, je suis resté en cellule d’isolement un mois et six jours avant de rejoindre le groupe ». (CIB).
Témoignage recueilli par le Collectif Contre les Expulsions. (3/3/1999)

Violences
« C’est vers 11 heures que regroupé dans la salle à manger, les candidats réfugié ont fait face à des gendarmes casqués et armés de matraques et de boucliers. Les gendarmes ont commencé à taper sur tout le monde, moi y compris, qui a reçu un coup au ventre et qui me projeta à terre. De ce jour, depuis ces événements, je n’ai cessé de ressentir des douleurs intenses dans le ventre. Les premiers temps chaque fois que j’essayais d’ingérer un peu de nourriture, je vomissais. Je me suis plainte à de nombreuses reprises de ces douleurs très fortes au ventre auprès de la femme médecin du 127 bis. Cette dernière a toujours jugé normal cet état en m’expliquant que ce n’était que la conséquence de ma grossesse ». Les faits se sont déroulé le 31 octobre. Cette jeune femme, enceinte de 5 mois, fera une fausse couche le 24 novembre 1998.
Plainte avec constitution de partie civile déposée en décembre 1998.

« …sous prétexte d’avoir trouvé un tract dont on soupçonnait la plaignante d’être l’auteur, celle-ci a été brutalisée afin qu’elle se trouve couchée par terre ; qu’elle a été étouffée à l’aide d’une couverture, avant d’être menottée tant aux bras qu’aux jambes ; qu’elle a ensuite été conduite en cellule d’isolement pour une durée de 6 jours ;
Que la plaignante affirme que la direction du centre fermé est impliquée dans ce type d’incident, dès lors que l’adjoint du directeur du centre était présent ; qu’elle en déduit que c’est sur instruction du directeur adjoint que les gendarmes sont intervenus ».
Plainte auprès du Procureur du Roi de Bruxelles déposée en décembre 1998.

ccle - 3 mars 1999


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