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Justice a été rendue à Semira

samedi 13 décembre 2003.
 

Un an de prison avec sursis, la peine infligée aux anciens gendarmes paraît lourde si l’on se réfère au réquisitoire du ministère public qui demandait la suspension du prononcé. Elle paraît certainement démesurée aux condamnés qui à aucun moment du procès ne se sont sentis responsables de la mort de Semira Adamu. Parce qu’ils « ne faisaient qu’obéir aux ordres ». Elle paraît bien légère si l’on se souvient qu’une jeune femme est morte. Qu’elle n’avait que 20 ans et qu’elle n’avait commis d’autre délit que de vouloir rester dans notre pays.

Elle paraît lourde si l’on se réfère à la nouvelle qualification des faits : coups et blessures involontaires et non plus volontaires. Cela vous fait passer dans la catégorie des accidents de la route, a dit un avocat des gendarmes. Un accident de la route, vraiment ? Le coussin est-il venu déraper dans le visage de la jeune Nigériane ? La requalification des faits pose d’ailleurs question : comment l’expliquer alors que le juge lui-même insiste sur la « violence inappropriée » des gendarmes ? Est-on violent par accident ?

La mort de Semira n’est pas une fatalité. Comme l’a suffisamment montré la vidéo de l’étouffement. Elle est la conséquence de gestes précis, accomplis par des gens précis qui riaient en appuyant la tête sur le coussin comme s’il s’agissait d’une routine. Elle est aussi la conséquence d’un système élaboré par des experts au sein d’une commission ad hoc, finalisé dans une directive et avalisé par un ministre. Le jugement ne fait pas l’impasse sur la responsabilité de la hiérarchie des gendarmes et encore moins sur la responsabilité de ceux qui ont voulu faire de l’expulsion forcée de Semira un exemple pour les autres. Un « coup » à jouer contre ceux qui s’y opposaient. Sinistre jeu où les pions sont des hommes et des femmes.

Le tribunal correctionnel de Bruxelles n’a éludé ni le rôle de l’Etat dans cette tragédie ni la responsabilité individuelle de ceux qui étaient chargés d’exécuter le « sale boulot » et dont la vie aussi a basculé ce 22 septembre 1998.

Martine Vandemeulebroucke - Le Soir, 13 décembre 2003


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