Justice rendue à Semira

Vincent Decroly tombe de haut
samedi 13 décembre 2003.
 

Le tribunal condamne quatre policiers à des peines d’un an à 14 mois avec sursis pour la mort de la réfugiée nigériane

BRUXELLES Devons-nous parler de Semira, chronique d’une mort annoncée ? Ou plutôt de Semira, victime d’un système malade ? Ou encore de Semira, vivre dans un monde libre... et mourir ?

La question reste ouverte, même après le jugement sans précédent qui a été prononcé hier devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. En perdant la vie le 22 septembre 1998, Semira a dans le même temps déclenché une polémique unique en son genre dans le monde de la politique intérieure belge, et plus précisément dans le déroulement des expulsions de personnes en séjour illégal.

Ce tourbillon a entraîné cinq policiers devant le tribunal. Trois d’entre eux étaient poursuivis pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Les deux derniers, responsables du déroulement des opérations, devaient répondre d’homicide involontaire par négligence et non-assistance à personne en danger.

Hier, le jugement a fait l’effet d’une bombe. Marc Van den Broeck, l’un des deux officiers responsables, écope de 14 mois de prison avec un sursis complet pour coups et blessures involontaires. Il a été acquitté pour la prévention de non-assistance à personne en danger. Danny Cornelis, Johny Pipeleers et Danny Colemonts ont tous les trois été condamnés à un an de prison avec sursis total pour des coups et blessures involontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

Enfin, le second officier, Karel Weckhuysen, bénéficie d’un acquittement complet, sur toute la ligne. Le tribunal a relevé que ce prévenu avait pour mission première d’assurer de bonnes relations avec les passagers de l’avion.

Si la mort de Semira avait entraîné la démission du ministre de l’Intérieur de l’époque, Louis Tobback, il faut surtout rappeler que le décès de la jeune femme est le résultat d’une politique où on décide d’agir sans trop investir...

Manque de moyens financiers, manque de moyens humains et matériels sont les facteurs qui ont amené le drame. Semira, comme les autres expulsés, devait être renvoyée dans son pays en prenant place dans un vol régulier - il n’y a pas d’argent pour réserver un avion spécifique aux expulsions. Pour ne pas déranger les passagers, on a instauré la très controversée technique dite du coussin. Enfin, par manque de temps et d’argent, les policiers n’ont pas été formés à cette fameuse technique.

Vu sous cet angle, la chronique d’une mort annoncée était inévitable. Mais il aura fallu attendre le drame de Semira Adamu pour réagir...

Vincent Decroly tombe de haut

BRUXELLES Vincent Decroly, l’ex-député Ecolo, était présent dans les couloirs du palais de justice. Comme beaucoup d’autres, il espérait pénétrer dans la salle d’audience du tribunal correctionnel pour entendre le jugement du procès de Semira Adamu.

Pour filtrer les entrées dans la salle, le service de sécurité avait placé des barrières Nadar. C’est précisément en franchissant ces barrières que Vincent Decroly a lourdement chuté. Un court instant, certains ont pensé qu’il s’était blessé. Heureusement, il s’est rapidement rétabli.

Alors que les policiers s’expliquaient avec lui, les membres des différents comités de soutien hurlaient : « Police, partout ! Justice, nulle part ! Police, partout ! Justice, nulle part ! » Finalement, l’ex-député a eu l’autorisation de pénétrer dans la salle surchauffée tant par le nombre de personnes que par la tension qui y régnait. Certaines personnes en ont profité pour le suivre.

Les membres des différents comités de soutien étaient en colère. Tout comme lors de l’ouverture du procès. Et cela parce que les policiers les empêchaient d’assister au débat.

Selon ces personnes restées à l’entrée de la salle, de nombreux policiers s’étaient rendus au palais par sympathie et par solidarité pour leurs cinq collègues poursuivis dans le dossier. Ils seraient arrivés en nombre très tôt le matin dans le but de monopoliser l’entièreté de la salle en occupant toutes les places disponibles.

Certains défenseurs de comités de soutien prétendaient qu’ils étaient entrés dans la salle par des couloirs en principe réservés au transfert des détenus. Mais cela n’a pas pu être vérifié.

En revanche, lorsque le président a prononcé les peines à l’encontre des prévenus, un souffle de mécontentement s’est clairement fait ressentir dans le public.
Leur présence a sans doute aider leurs collègues dans cette épreuve mais n’a en tout cas pas perturbé le tribunal dans sa décision...

La Dernière Heure, 13 décembre 2003


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