L’usage du coussin évalué deux ans avant la mort de Semira

Une technique risquée
jeudi 18 septembre 2003.
 

En 1996, Vande Lanotte envisageait d’interdire l’usage du coussin. Un groupe de travail concluait à son efficacité. S’il était utilisé correctement...

En 1996, le ministre de l’Intérieur Johan Vande Lanotte envisageait d’interdire l’utilisation de la « technique du coussin », celle qui causera la mort par asphyxie de Semira Adamu deux ans plus tard. Mais, lui fit-on alors remarquer, il fallait pourtant prévoir des solutions en cas de bruyante agitation d’un expulsé lors de son rapatriement. Un groupe de travail fut donc mis sur pied. Réunissant notamment gendarmes, médecin et psychologue, il avait pour mission d’examiner les différentes techniques envisageables en cas de rébellion et d’évaluer cette fameuse technique du coussin.

C’est par l’audition de membres de cette commission que s’est ouverte la troisième journée du procès des trois ex-gendarmes et de deux de leurs supérieurs qui répondent, devant la 46e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles, de la mort de la jeune Nigériane.

Il fallait trouver une solution pour empêcher les rapatriés de faire du bruit, explique le capitaine Van Ginniken, membre de la commission. Sinon, il n’y aurait plus eu de rapatriements possibles. La commission a examiné ce qui se faisait à l’étranger. Dans d’autres pays, on utilisait le bâillon, un sparadrap sur la bouche, indique le Dr Dethioux. Mais alors, la personne ne peut faire appel en cas de malaise. L’usage de sédatifs a aussi été envisagé. Mais nous aurions eu des problèmes avec l’Ordre des médecins. On n’utilise en effet des médicaments que quand quelqu’un est malade. En plus, l’usage de sédatifs peut affaiblir la respiration. Cela supposait donc l’accompagnement du rapatrié par du personnel spécialisé. Ce qui n’était pas envisageable.

Apposer le petit coussin d’avion sur la bouche de la personne agitée semblait donc la technique la plus appropriée pour la commission. Qui avait bénéficié à l’époque, pour achever de s’en convaincre, d’une démonstration par deux gendarmes. C’était plutôt une démonstration de salon, ironise le président. Il est vrai qu’on n’avait pas affaire à quelqu’un qui se débattait, conçoivent les membres.

Selon le groupe de travail, la technique ne pouvait être utilisée qu’à certaines conditions. Le coussin ne pouvait être appliqué que pendant un laps de temps très court, indique le capitaine Van Ginniken. Et dès que la personne se calmait, il fallait le retirer. Nous savions que c’était une technique dangereuse. C’était l’ultime moyen à utiliser. Mais s’il était correctement appliqué, cela ne devait pas poser de problème. Si la personne ne se calmait pas rapidement, le coussin devait être appliqué par vagues. Afin que l’état du rapatrié puisse être constamment vérifié.

Le coussin ne pouvait être posé que sur la bouche, pas sur le nez. Ce qui semble difficilement réalisable pour Me Diependaele, l’un des avocats des parties civiles. Le Dr Dethioux a donc fait une démonstration. Sans pression extérieure, à la différence de ce qu’a vécu Semira.

Il me semble aussi que l’intéressé devait être redressé pour qu’on puisse lui appliquer le coussin, a ajouté le médecin. Pourquoi cette condition ne se trouvait-elle pas dans le texte de la directive destinée aux gendarmes ?, interroge le président. On ne peut pas penser à tout, répond le témoin.

Fabienne Defrance - Le Soir 18 septembre 2003


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