Le Collectif contre les expulsions entend poursuivre ses actions

Sept manifestants inculpés pour aide à illégaux
vendredi 24 juillet 1998.
 

Deux jours après l’l’évasion des demandeurs d’asile du centre fermé 127 bis, les forces de l’ordre n’avaient pas « récupéré » 24 des 31 fuyards. Quant aux 17 manifestants interpellés par le Parquet, après l’action de protestation qui a mis le feu aux poudres, tous ont été relâchés mercredi soir. Mais sept d’entre eux sont inculpés pour bris de clôture (le double grillage du centre 127 bis) et pour infraction à l’article 77 de la loi de 80 qui punit l’aide apportée aux illégaux.

Les préventions d’incendie volontaire et de coups et blessures sur les gardiens du centre n’ont donc pas été retenues contrairement à la première version des événements donnée par la gendarmerie. Le Parquet a retenu la version du Collectif contre les expulsions selon laquelle l’évasion’ n’avait rien de prémédité mais que la manifestation a dérapé.

Ce jeudi, trois membres du Collectif ont rappelé le cours des événements. Serge, Bart et Pascal ne se sont pas trop étendus sur leurs conditions de détention même si l’un d’eux portait des traces très visibles de coups au visage. Ils ont préféré parler de celles des détenus du centre 127 bis et de Semira Adamu, la Nigériane dont la mise en isolement est à l’origine de la manifestation. Semira est au secret. Elle ne peut plus avoir le moindre contact avec l’extérieur, explique Serge. Mais elle aussi devenue un symbole dans ce camp. Les membres du Collectif ont expliqué pourquoi il fallait selon eux poursuivre la lutte contre les centres fermés et les expulsions : les détenus nous disent qu’ils ont le sentiment d’être traités comme des sous-humains. Nous constatons les brimades, les humiliations de la part de certains membres du personnel. Essayez donc de parler à un demandeur d’asile débouté depuis le grillage ! Si on le fait, le Centre menace d’appeler immédiatement la gendarmerie.

Nous avons aussi de plus en plus de témoignages sur les violences qui accompagnent les expulsions, notamment dans les avions. Elles sont de la responsabilité du ministre de l’intérieur et de la Sabena.

Trois organisations (la Ligue des droits de l’homme, le Mrax, le Comité national d’action pour la paix et la démocratie) ont décidé de soutenir le Collectif. Elles font toutes le constat de l’extrême difficulté de dialoguer avec le ministre de l’Intérieur sur tout ce qui touche la politique d’asile. Mais aussi de la criminalisation croissante tant des demandeurs d’asile que de ceux qui les défendent.

Ecolo est le seul parti à avoir réagi officiellement. L’action de Steenokkerzeel, dit-il, doit être comprise comme un appel aux démocrates et promet de faire de la modification de la loi Vande Lanotte une priorité de la rentrée politique. Le Conseil des femmes francophones s’est lui aussi exprimé sur le cas de Semira et rappelle la demande du Sénat de reconnaître lé droit d’asile à ceux et celles qui fuient les discriminations sexuelles.

Le Collectif contre les expulsions a en tout cas rappelé qu’il continuerait à se battre pour la Nigériane qui refuse un mariage forcé avec un vieillard. Nous attendons un geste fort du ministre de l’intérieur, dit Serge.

II risque fort de se faire attendre. Au cabinet du ministre Tobback, on n’entend nullement régulariser son cas. Elle reste libre de partir où elle veut, sauf en Belgique.

MARTINE VANDEMEULEBROUCKE, Le Soir - 24 juillet 1998


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