« Les gendarmes n’étaient que de simples exécutants »

Semira : la défense plaide
jeudi 16 octobre 2003.
 

Hier, la 46 e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles a entendu les plaidoiries des avocats des trois ex-gendarmes qui répondent, avec deux de leurs supérieurs, de l’asphyxie de Sémira Adamu, la Nigériane morte lors d’une tentative de rapatriement forcé le 22 septembre 1998.

Me Carine Flamend, l’avocate de Danny Cr., le gendarme qui appliquait le coussin sur le visage de Sémira, s’est adressée aux parties civiles. Elles rêvent d’un monde meilleur où tout le monde pourrait s’installer où il veut, sans problème. Ce n’est pas réaliste !

Le rôle du Collectif contre les expulsions a été fustigé. Il a une responsabilité énorme. Le plus grave, c’est qu’il a fait croire à Sémira Adamu qu’elle pourrait rester en Belgique si elle se rebellait suffisamment.

La Sabena a aussi joué un jeu peu orthodoxe selon l’avocate. La Sabena faisait un petit commerce de ces rapatriements. Les tickets de ceux qui passaient à travers les mailles du filet étaient payés ! Pour la Sabena, c’était du pur bénéfice.

Les gendarmes n’étaient que de simples exécutants, mis sous forte pression par leurs supérieurs et l’Etat belge parce que cette sixième tentative de rapatriement devait absolument aboutir. Ils avaient l’ordre de rapatrier Sémira. Les gendarmes responsables sont ceux qui ont dit « Oui, Monsieur le ministre, nous allons nous charger de ces rapatriements » alors que ni le personnel ni les moyens matériels n’étaient suffisants. Ceci avait été souligné à plusieurs reprises dans des lettres et des rapports. La gendarmerie n’a simplement pas eu le courage de s’opposer au ministre.

Danny Cr. a régulièrement contrôlé si Sémira respirait encore, indique Me Flamend. Le coussin a été utilisé comme les gendarmes ont appris qu’il devait l’être.

L’avocate demande donc l’acquittement en ce qui concerne la prévention de coups et blessures volontaires. Ce que Me René Kumpen a aussi réclamé pour Johnny P., le gendarme qui appuyait son coude dans le dos de Sémira.

Me Kumpen a insisté sur les responsabilités conjointes des autorités, de la victime elle-même et de son entourage dans cette affaire. Nous reconnaissons qu’il y a eu coups et blessures, mais elles étaient involontaires, a-t-il répété. Il n’y a pas eu de faute intentionnelle, mais utilisation d’une force légitime face à une personne intraitable.

S’appuyant sur des passages du journal intime de Sémira, l’avocat a retracé l’évolution de son comportement, de plus en plus violent au fil des tentatives de rapatriements. Johnny P. n’est pas le macho brutal qu’on a présenté, a-t-il encore ajouté. C’est un homme émotif, sensible, qui essaie de faire son travail le mieux possible.

Pour Danny Cl., l’acquittement de toutes les préventions a été demandé. Il ne devait pas aller dans cet avion, indique son avocat. Il est monté à bord parce ce qu’il a un véritable sens du devoir, qu’il fait partie d’un corps. Il est arrivé quand Sémira était déjà immobilisée. De par sa position - il tenait les mains de Sémira - il ne pouvait que se fier aux déclarations de ses collègues pour juger de l’état de la jeune fille.

Fabienne Defrance in Le Soir, 16 octobre 2003

Semira : la défense plaide

Les avocats des trois anciens gendarmes qui ont maintenu la jeune Nigériane Semira Adamu couchée sur son siège d’avion lors de sa tentative de rapatriement qui lui a coûté la vie, le 22 septembre 1998, ont plaidé devant le tribunal correctionnel de Bruxelle l’acquittement de la prévention de coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

Me Carine Flamend, avocate de l’escorteur qui a appliqué le coussin sur la jeune Nigériane, a stigmatisé le groupe de travail qui avait rendu un avis favorable à l’utilisation de la technique du coussin et le manque de prévoyance de la hiérarchie. La Sabena et le Collectif contre les expulsions, qui aurait fait monter la tension, n’ont pas été épargnés par Me Flamend. Pas plus que l’Etat belge, qui a ordonné à la gendarmerie de réaliser le rapatriement. Elle a estimé que son client avait toujours laissé Semira respirer.

Johnny P., qui, lors du rapatriement, appuyait son coude sur le dos de Semira Adamu, reconnaît des coups et blessures, mais involontaires pour lesquels son conseil réclame la suspension du prononcé. Me René Kumpen, a évoqué « l’escalade de la résistance dans le chef de Mme Adamu » et il a stigmatisé le « cynisme froid des autorités belges ». Me Kumpen a ému jusqu’aux larmes la famille de Johnny P. et l’ex-gendarme lui-même en évoquant le caractère émotif de l’homme.
Enfin, l’avocat de Danny Cl a réclamé l’acquittement total, car, « il ne pouvait que se fier aux déclarations de ses collègues pour juger l’état de Mme Adamu ».

La Libre Belgique, 16 octobre 2003


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