Nous dénonçons la banalisation de la violence générée par la politique d’expulsions

mercredi 9 mai 2001.
 

Les Collectifs contre les expulsions et ceux qui les soutiennent s’opposent à une politique qui a pour effet, notamment, de contraindre ses exécutants à des comportements irrespectueux des droits de l’homme, voire de les transformer en tortionnaires. La politique du chiffre - le ministre de l’Intérieur a récemment cité celui de 13 000 expulsions en l’an 2000 - ne peut être appliquée qu’en exerçant sur les personnes des pressions morales ou
des violences physiques. Les pressions s’apparentent parfois à de véritables tortures morales : c’est le cas notamment lorsque l’on amène quelqu’un à l’aéroport et qu’on le fait
assister à un embarquement forcé accompagné de violences, en lui annonçant que son tour viendra s’il persiste à ne pas vouloir partir " volontairement ".

C’est le cas lorsque ceux qui ont subi des violences à l’aéroport sont considérés comme des exemples pour dissuader les futurs expulsés de s’opposer à leur embarquement. C’est le
cas encore lorsque ceux que l’on n’a pu expulser à cause de leur résistance sont transférés dans une prison : ils pourraient, cette fois, être de mauvais exemples. Et c’est le cas lorsque, en prison, ils sont placés dans la section de haute sécurité.

Des violences physiques sont souvent exercées à l’encontre de gens désespérés et terrorisés à la perspective d’un retour dans le pays d’où ils viennent (celui-ci n’est pas
toujours le leur. C’est le lieu où ils se sont embarqués pour la Belgique parfois après un long périple, lieu dont souvent ils ignorent la langue et où ils ne connaissent personne). Leur demande d’asile a été refusée parce que les critères de la convention de Genève ne peuvent s’appliquer à leur cas particulier ; cela n’empêche que leurs craintes sont bien réelles et qu’ils tentent, avec l’énergie du désespoir, de résister aux tentatives d’expulsion.

Ce fut le cas de Semira Adamu. Ce fut le cas, depuis lors, de beaucoup d’autres ; pour certains d’entre eux, des récits ont pu être recueillis. En voici quelques-uns brièvement résumés.

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V.A., Erythréenne âgée de 16 ans, amenée 7 fois à l’aéroport entre juillet et décembre 1999 pour être expulsée vers Nairobi. 4 fois elle est menottée. Une fois elle est embarquée et mise à l’arrière de l’avion. Alertés par ses cris, des passagers s’inquiètent et on la débarque. Elle sera finalement libérée.

S.J., Soudanaise âgée de 16 ans, subit 5 tentatives d’expulsion entre décembre 1998 et juin 1999. La 5ème fois elle crie dans l’avion et le pilote refuse de partir. Elle est finalement expulsée le 29 juin 1999 après que l’Office des étrangers ait affirmé la veille à son avocat que le rapatriement n’était pas prévu pour ce jour ou les jours suivants.

T.M., Marocain né en Belgique, expulsé le 18 mai 1999. A introduit, du Maroc, une plainte au sujet des mauvais traitements subis lors de son expulsion. Aucune suite.

A.S., de Guinée Bissau, a décrit la tentative d’expulsion dont il a été victime le 23 juin 1999. Contraint de se coucher à terre, il a été ligoté bras et jambes derrière le dos avec des fils de plastique et est resté dans cette position environ 2 heures jusqu’au moment où, le portant
par les liens, les gendarmes l’ont amené à l’avion. Malgré que ses cris aient été étouffés
par l’application d’un gros gant rembourré, sa résistance a attiré l’attention du pilote qui a ordonné qu’on l’évacue. Les gendarmes l’ont alors jeté dans la camionnette sans le délier.

Lettre d’un passager, 13 mai 1999 : " Le Sierra Leonais a voyagé avec nous en pleurant. Les passagers ont vivement protesté contre les conditions inhumaines de son voyage. Les
policiers ont été sourds à leurs revendications. On a fait appel au commandant de bord pour son assistance, il en est resté sourd car cela allait contre les règles de droit international. Autant de passagers que nous sommes dans notre cabine, notre quiétude a été perturbée. On a voyagé dans des conditions indécentes.

R.J., éthiopienne âgée de 16 ans, est amenée 6 fois à l’aéroport entre avril et novembre 1999. Elle y est menottée, les mains derrière le dos. Suite à son refus persistant de partir, elle est transférée du centre fermé de Bruges à la prison de Berkendael. En décembre 1999 elle est embarquée, ligotée, sur un avion à destination de Nairobi. Les autorités kenyanes refusent de l’accueillir, l’escorte tente de la débarquer à Kigali, refus des autorités rwandaises. Elle est ramenée à Zaventem et " libérée " sans accompagnement ni moyen de
subsistance avec un ordre de quitter le territoire dans le mois.

J.A., Nigérian âgé de 28 ans, est amené 9 fois à l’aéroport entre février et novembre 1999. Lors d’une de ces tentatives d’expulsion, en juillet, il reçoit des coups dont il porte encore la
marque sur la poitrine au mois de novembre. Il reçoit des soins à l’hôpital. Il sera finalement expulsé.

P.O., Nigérian : le 29 décembre 1999 on veut l’expulser vers Singapour d’où il est arrivé. Devant son refus, les gendarmes le menottent derrière le dos, lui ligotent les pieds et le laissent ainsi pendant plus de 2 heures au cachot. 4 hommes le traînent jusqu’à l’avion encore vide, le frappent, lui donnent des coups de pieds. Il se débat sur le siège auquel on
l’a attaché : le pilote le fait débarquer. On le laisse au cachot dans l’aéroport encore pendant 4 heures avant de le ramener au centre fermé sans qu’il ait reçu à manger ou à boire de toute la journée ; un gendarme lui demande s’il a entendu parler de la Nigériane qui a été tuée et lui dit que la semaine suivante on le forcera bien à partir. Il partira "volontairement" en janvier 2000.

F.A., Nigériane âgée de 17 ans, résiste à 5 tentatives d’expulsion entre novembre 1999 et février 2000. Le 30 janvier, elle reste pendant plus de 2 heures, mains liées dans le dos et jambes entravées, elle est frappée et on couvre sa tête d’un matelas pour étouffer ses cris. Elle perd connaissance, on l’emmène dans l’avion où des passagers réagissent, on la débarque, on la ramène dans la cellule de l’aéroport où elle subit encore des coups. On ne la ramène pas au centre fermé, mais à la prison de Berkendael. Elle résiste encore, malgré des violences, le 7 et le 13 février. L’expulsion du 14 février est finalement la bonne : selon une lettre du ministre Duquesne, " elle a fini par comprendre le caractère inéluctable de son
éloignement et n’a opposé aucune résistance ".

A.K., éthiopien, a subi 5 tentatives d’expulsion entre février et juin 2000. Lors de la 4ème, le 20 mai 2000, il se rebelle pour attirer l’attention du commandant de bord. Il en sort avec
une perforation du tympan et des brûlures aux bras et aux jambes causées par les entraves. Désespéré après la 5ème tentative, il renonce à résister, craignant pour sa vie. Il sera finalement libéré.

A.M. est revenu de sa 2ème tentative d’expulsion, le 5 juin 2000, avec une blessure au genou droit, de nombreuses traces de coups au thorax et à l’estomac, et une blessure au visage. Ce qui l’a le plus révolté, dit-il, ce sont les injures violentes des gendarmes.

I.B., Sierra Leonais, est amené à Zaventem à trois reprises pour être expulsé vers Abidjan. La deuxième fois, le 8 février 2001, 3 policiers en civil le maltraitent : Il est blessé au côté gauche de la tête. La 3ème fois, le 1er mars, ils sont 4 qui le frappent et l’amènent, ligoté, jusque dans l’avion où le pilote refuse de l’embarquer. Les deux fois, le policier le plus violent a été le même, un homme " grand et gros " qui l’a lui-même ligoté. La quatrième fois, le 10 avril dernier, il a été ligoté par 5 policiers en civil. " Ils m’ont attaché comme un animal, battu, frappé ". " Ils disaient : La Belgique n’est pas ton pays, retourne en Afrique ". Embarqué de force dans l’avion, quelqu’un vient lui parler à qui il explique qu’il est un demandeur d’asile sierra leonais ; à qui les policiers prétendent qu’il a un passeport ivoirien. I.B. est débarqué et interné à la prison de Saint- Gilles.

H.S., Camerounais âgé de 18 ans, a par deux fois refusé de retourner dans son pays. Lors de la troisième tentative d’expulsion, le 27 janvier 2001, est emmené vers l’avion par plusieurs personnes dès son arrivée à l’aéroport, tiré par son vêtement. Se sentant menacé, il veut se faire mal et se frappe la tête contre une surface dure ; emmené alors dans une cellule, il est frappé à coups de poing par trois policiers, puis ligoté pieds et mains très serré, sur une sorte de lit en béton. De peur, il fait ses besoins dans ses vêtements. Au bout d’environ 30 min., un homme vient lui faire signer un document rédigé en néerlandais : ne le comprenant pas, H.S. refuse et l’homme signe. Un des policiers qui l’avaient frappé est revenu dans la cellule, s’est excusé des coups qu’il lui avait donnés et lui a dit que ce n’était pas de sa propre volonté qu’il agissait ainsi mais sur ordre du ministre de l’Intérieur parce que H.S. avait voulu se défendre. H.S. est emmené à la prison de Bruges. Depuis tôt le matin, il n’a rien reçu à boire ni à manger. Le 17 février, 4ème tentative d’expulsion, même scénario. Les deux fois, un médecin est venu un moment donné, appelé par les policiers.
Le 27/1 il lui a demandé où il avait mal, a rapidement regardé son dos et est reparti. Le 17/2, le médecin a pris sa tension, lui a demandé de se tourner afin de montrer son dos.
Il est ramené à la prison de Bruges où il est placé en isolement (sans que cette décision soit motivée par un comportement dangereux ou indiscipliné). Il y restera plus d’un mois. Le 29 mars il est transféré à la prison de Saint-Gilles. Il est expulsé par avion militaire le 1/4/01, avec 9 autres Africains.

Texte donné à la presse par le comité de soutien aux inculpés des collectifs contre les expulsions. Ce texte est une compilation de témoignages reflétant la violence de la "politique d’asile" de l’Etat belge.


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