Occupation du centre fermé de Vottem le 8 mai 1998

vendredi 8 mai 1998.
 

Le 8 mai 1998, le CCLE occupe le centre fermé en construction de Vottem pendant 12 heures. Retour sur les faits.

Le futur centre fermé pour candidats réfugiés est occupé depuis ce 8 mai à 4 heures
Communiqué #1

Ne pas avoir les bons papiers en poche n’est pas un crime. Refouler, enfermer et déporter des êtres humains parce qu’ils n’en n’ont pas : oui !

Voilà pourquoi, ce vendredi 8 mai à 4 heures du matin, plusieurs dizaines de citoyens « conscients et responsables » comme ils se définissent eux-mêmes, soutenus de l’extérieur par des centaines d’autres, ont pénétré illégalement et se sont enfermés dans les futurs bâtiments de l’Office des Etrangers qui entreront prochainement en service ici, à Vottem. Juste retour des choses pour ce qu’il est convenu d’appeler "centre fermé pour illégaux".

Par cette occupation symbolique et non-violente, les nouveaux résidents veulent marquer leur solidarité avec tous leurs frères humains auxquels le système politique et économique dénie le droit de vivre dignement. Nous voulons réaffirmer notre refus inconditionnel et non-négociable d’une répression discriminatoire, dégradante et inhumaine qui expulse des milliers (le ministre de l’intérieur a cité le chiffre de 15.000 expulsions par an !) d’êtres humains dont le seul crime est de ne pas avoir de papiers en règle et d’être, pour les Etats qui les accueille, aussi indésirables qu’inutiles et inexploitables.

Camp qui ne veut pas avouer son nom, cette résidence tout confort, conviviale et qui veille à "l’épanouissement personnel" - dixit le futur directeur - de ses occupants malgré eux, représente tant par les méthodes utilisées (enfermement, cachots, camisole de force, menottes, rapatriements brutaux …) que par les principes qu’il sous-tend, une atteinte inacceptable à la dignité humaine et aux droits fondamentaux et imprescriptibles de chaque être humain, indépendamment de sa couleur, de son origine, de sa nationalité ou de toute autre forme de différence. Voilà pourquoi nous refusons de nous taire et de laisser faire.

N’acceptons pas aujourd’hui ce que nous dénonçons pour hier. A l’heure où l’on s’apprête à commémorer les cinquante ans des Droits de l’Homme, à l’heure où on honore la mémoire des millions de victimes de l’holocauste, il est essentiel de rappeler que l’institutionnalisation de l’exclusion sociale, politique et économique, la généralisation et la banalisation de mesures discriminatoires, le recul sans cesse croissant des limites éthique, sont les fondements même de tout totalitarisme.

Face à la dictature de la réalité économique, chaque intervention, chaque acte, individuel ou collectif, de réappropriation de l’espace de liberté est une victoire de la vie sur la mort.

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Souvenirs de 40

A l’attention de M. Tobback, ministre de l’intérieur
Communiqué #2

Ce vendredi 8 mai à 4 heures du matin, plusieurs dizaines de citoyens « conscients et responsables » comme ils se définissent eux-mêmes, soutenus de l’extérieur par des centaines d’autres, ont pénétré illégalement et se sont enfermés dans les futurs bâtiments de l’Office des Etrangers qui entreront prochainement en service ici, à Vottem.
Par cette occupation symbolique et non-violente, les nouveaux résidents veulent marquer leur refus inconditionnel et non-négociable d’une répression discriminatoire, dégradante et inhumaine qui expulse des milliers d’êtres humains dont le seul « crime » est de ne pas avoir de papiers « en règle ».
Ils revendiquent :

1) la suppression de tous les centres pour étrangers et la réaffectation de leurs bâtiments en espaces sociaux et multiculturels ;

2) des papiers pour tous : la régularisation immédiate et sans conditions de tous les sans papiers ;

3) la réouverture des frontières, l’arrêt des expulsions et le retour des expulsés ;

4) les droits humains, sociaux, économiques, politiques et culturels pour tous.

Les occupants demandent à rencontrer directement le ministre de l’Intérieur sur les lieux de l’occupation, dans le centre fermé de Vottem.

Vottem : le centre fermé répondait... occupé

Opposition aux conditions de détention : des manifestants occupent le futur centre fermé pour réfugiés pendant 12 heures.

Certains ne retiendront qu’un symbole, 53 ans, jour pour jour, après la fin de la deuxième guerre et de la libération officielle des camps de concentration. D’autres ne verront qu’un bilan horaire : 12 h. Les plus modérés remarqueront le bon déroulement de l’opération, de la part des occupants et des forces de l’ordre, durant 11 h 30. Les radicaux, eux, ne retiendront qu’une demi-heure d’affrontements plus musclés, un exercice de style de maintien de l’ordre un peu gratuit face à des "provocations" un peu faciles.

Quoi qu’il en soit, symboliquement ou pas, les 22 personnes, "citoyens conscients et responsables" qui ont occupé le centre fermé pour réfugiés en construction à Vottem ont réussi au moins une chose : attirer une nouvelle fois l’attention sur le système de détention mis en place par le ministère fédéral de l’Intérieur à l’égard des étrangers sans papiers. Officiellement, ce n’est pas une prison. Les hauts grillages qui l’entourent suffisent à eux seuls pour inspirer le doute.

Il était environ 4 heures du matin quand la vingtaine d’occupants ont pénétré dans les lieux, des bâtiments en chantier non gardés. De l’avis même des forces de l’ordre, le coup avait été bien préparé : des portes boulonnées et soudées faisaient de l’espace qu’ils occupaient "au finish" une petite citadelle de résistance. Rapidement, des communiqués étaient envoyés à la presse pour expliquer leur position et leurs revendications : la suppression des centres fermés, le respect des droits élémentaires pour tous et, plus pragmatiquement, une rencontre, sur place, avec le ministre de l’Intérieur.

Vers sept heures du matin, police communale et gendarmerie prennent position autour du centre. Des négociations débutent, plutôt entre force de l’ordre et responsables politiques qu’avec les occupants. Le temps passe, des sympathisants à la cause s’assemblent, à l’extérieur. Les ouvriers du chantier, eux, évacuent les lieux. Ils ne travailleront pas là aujourd’hui.

Vers 15 heures, les forces de l’ordre s’activent. Les ordres sont simples : Ne pas laisser pourrir la situation. Une heure plus tard, après avoir notamment abattu un mur, la gendarmerie pénètre dans la "citadelle" et sort, un par un, les occupants qui s’étaient enchaînés les uns aux autres. L’opération aurait pu s’en tenir là.

Mais les forces de l’ordre font du zèle. Après avoir rassemblé les sympathisants de l’extérieur contre un mur, expliquant qu’ils avaient entravé la bonne marche des opérations en s’asseyant sur la route pour empêcher le passage des combis, ils les extraient les uns après les autres : contrôle d’identité, photo... Certains se rebellent, coups et bousculades s’ensuivent. Finalement, la plupart seront arrêtés et emportés vers le poste de gendarmerie.

L’occupation est jusqu’à présent soutenue par 24 associations et personnes , conclut le dernier communiqué des "organisateurs" qui rappellent qu’il est des principes qui ne sont pas négociables et qu’en certaines circonstances, la désobéissance n’est pas un délit mais un devoir moral.

H.Do. in Le Soir, 9 mai 1998

ccle - 8 mai 1998


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