Cela "ne se fait pas", estiment les gendarmes.

Plaidoyer pour expulsés à Bruxelles-National : parler aux passagers des expulsions

Mais les militants ne respectent pas les usages.
mercredi 5 août 1998.
 

Neuf heures, ce mardi, dans le hall des départs à Zaventem. Parmi la cohue des départs en vacances, un petit groupe du Collectif contre les expulsions vient repérer les comptoirs d’embarquement pour le vol vers Abidjan. Ils sont à peine arrivés que des gendarmes débarquent également. Chacun connaît chacun. Ce sont toujours les mêmes , constate l’un des membres du Collectif. Le gros barbu en civil, là, c’est "Super Pat", un type de la BSR. Le gendarme à moustaches, c’est celui qui m’a passé les menottes l’autre jour, ajoute Patrick, avec une pointe de ressentiment dans la voix. Mais on n’est pas là pour s’observer l’un l’autre. Les cinq membres du Collectif se dispersent.

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Horaires expulsions

Ils vont aborder les passagers qui font la file devant les comptoirs enregistrant les vols vers la Côte d’Ivoire et les informent qu’ils pourraient avoir à leurs côtés un passager qui n’a pas demandé à voyager vers cette destination.

Le Collectif a ainsi entamé la discussion avec un groupe d’une dizaine de jeunes Flamands qui écoutent avec attention. Comment exprimer qu’on n’est pas d’accord avec une expulsion forcée ? Il suffit de refuser de s’asseoir, de le dire à l’équipage... Les jeunes Flamands promettent de le faire. Un peu plus tard, une voyageuse africaine est abordée également. Au fure et à mesure que Kathelina lui explique la démarche du Collectif, on voit son visage s’éclairer d’un grand sourire...

On ne connaît pas toujours les résultats de nos contacts. Les voyageurs ne nous appellent pas à leur arrivée. Quand on est informé d’un cas précis de rapatriement, on tente après de savoir si la personne est revenue au 127 bis , explique un membre du Collectif.

LES PILOTES TEMOIGNENT

Aujourd’hui, c’est une action de routine, résume Kathelina, rentrée de vacances, et qui reprend donc du service pour le Collectif. Routine ? Pas vraiment, car, depuis l’action du 21 juillet au 127 bis, les membres du Collectif se font systématiquement arrêter dès qu’ils abordent les passagers. Mais, ce mardi, leur avocat, Georges-Henri Beauthier, qui est aussi président de la Ligue des droits de l’homme, les accompagne. Et puis il y a surtout la présence de journalistes et des caméras de la VRT, qui semble visiblement dissuader toute intervention policière.

Les gendarmes, en uniforme et en civil, sont d’ailleurs plus nombreux que les membres du Collectif. A leurs côtés - et sous leur surveillance -, un cameraman et un preneur de son de Canal+ venus filmer la vie d’un grand aéroport. La lutte contre les expulsions apparaîtra-t-elle comme une des particularités de Bruxelles-National ?

Comme d’habitude, oserait-on dire, une petite visite aux pilotes s’impose. Serge, inculpé dans l’affaire du 127 bis et déjà arrêté lors d’une action du collectif à Zaventem, préfère se rendre au dispatching avec son avocat. En chemin, des pilotes les interpellent pour dire leur écœurement face aux expulsions, dont ils sont les témoins privilégiés.

Tous les passagers ont embarqué, le Collectif s’apprête à partir. Dernières discussions avec les gendarmes. On se tutoie comme entre vieilles connaissances. On appelle Serge par son prénom. Les arrestations menottes au poing, cela crée des liens... C’est vrai que Tobback exagère, soupire l’un d’eux. Il est trop catégorique...

Pendant que Serge se soumet à un nouvel interrogatoire sur les circonstances de l’évasion au 127 bis, "Super Pat" et Patrick, du Collectif, parlent des grades à la gendarmerie. Une conversation à l’air bon enfant... mais certaines petites phrases font mouche. Notamment quand le gendarme de la BSR dit à Patrick, sur un ton innocent, que son père travaille à tel endroit et que, l’autre jour, il est passé devant son domicile dans telle commune. L’avertissement est des plus limpides...

- Mais pourquoi nous arrêtez-vous ? , demandent les membres du Collectif à "Super Pat". On ne fait que parler à des passagers. Ce n’est pas un délit.

- Vous incitez les passagers à se lever, cela constitue un danger pour le vol, leur répond-on.

- On ne les incite pas. On leur dit qu’un avion ne décolle pas tant que tous les passagers ne sont pas assis.

- C’est une question d’interprétation de la loi.

- C’est de l’intimidation. Vous n’avez pas à venir écouter une conversation privée.

- Dans un aéroport, c’est mon rôle.

On se sépare sur une poignée de main. Le Collectif répète qu’il continuera ses actions. "Super Pat" qu’il sera toujours là. Mais - promis -, on ne va plus trop "les embêter".

Martine Vandemeulebroucke in Le Soir, 5 août 1998


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