Procès des ex-gendarmes

Résumé de la première audience

mercredi 10 septembre 2003.
 

Comme beaucoup de gens n’ont pas pu entrer dans la salle d¹audience, et que presque toute la discussion a été menée en néerlandais, j’ai trouvé utile de rédiger ce petit résumé écrit rapidement, sans trop de commentaires. Il y a matière à une analyse plus détaillée, mais c’est un peu tôt : la partie civile (= les avocats de la famille Adamu) et la défense (= les avocats des tueurs) n’ont pas encore plaidé.
À partir de 8h, une bonne cinquantaine de policiers, mobilisés par leur "syndicat " se sont postés à l’entrée. Entre eux, certains plaisantaient. Ils faisaient aussi des commentaires : " On passera certainement à la TV, mais ce sera présenté comme un fait divers ordinaire ". Leur but était d’occuper un maximum de place dans la salle pour que les sympathisants de la partie adverse ne soient pas nombreux à assister au débat. Ainsi, le tribunal subit une pression unilatérale.
1. Projection du film : Semira, menottée, pieds et poings liés, est incapable de se débattre, elle s’assied dans l’avion et chante. Puis, sans qu’elle fasse le moindre geste, elle est étouffée. On voit les gendarmes presser le coussin et on en voit un rire. Images insupportables, un " snuff movie ".
2. Témoignage de celui qui a filmé : pourquoi a-t-il filmé ? Consigne de filmer dans les cas où des incidents sont possibles, depuis un incident similaire, des années auparavant. " J’ai trouvé les images tout à fait normales ", dit le gendarme-cameraman.
3. Le médecin légiste fait son rapport : Semira est morte d’un manque d’oxygène au cerveau, sans qu’aucune autre pathologie ne puisse en être la cause. On l’a pliée en deux et appuyé sa tête sur le coussin posé sur les genoux d’un gendarme. Cette position aurait déjà en soi pu causer la mort. Elle était ceinturée avec les mains dans le dos, et les accoudoirs étaient abaissés, accentuant la pression. Le coussin obstruait son nez et sa bouche, elle a tourné la tête, l’agent Cornelis a réappliqué son visage sur le coussin. Lorsqu’elle a déféqué, signe d’entrée dans le coma, les gendarmes ont pris cela pour un acte de résistance et l¹ont aspergé d’eau de Cologne. Les gendarmes, durant son coma, ont continué à appuyer, il est possible qu’elle ait eu un dernier spasme, mais le coma est devenu irréversible après quelques minutes. Cornelis a prétendu qu’il entendait Semira respirer. Mais vu le vacarme ambiant, c’est impossible. Le médecin légiste confirme que la technique du coussin est très dangereuse, contrairement aux risques "minimes" dont parle la circulaire.
4. Question de l’avocat de la famille de Semira : est-il douloureux de mourir ainsi ? Réponse : un stress énorme.
5. D’après ce que j’ai compris, voici ce que dit le Procureur du Roi dans son réquisitoire : La vidéo a été filmée dans le but de montrer que tout s’est passé dans les règles. On voit une mort tragique, sans intention de la donner. On assiste à ça régulièrement, mais aujourd’hui ça mobilise beaucoup de monde, parce que Semira a personnalisé une résistance contre le monde tel qu’il est aujourd’hui, sans communauté mondiale ni libre circulation des personnes. Le Collectif contre les Expulsions a soutenu Semira dans sa résistance. Dans les années 30 aussi il y avait des idéalistes aux pratiques altruistes(S) ( ?) L’humanité n’a pas aujourd’hui les moyens de rendre le monde vivable pour tous. (petit chapitre sur l’Argentine et les réalités socio-économiques mondiales ? ?). Chapitre sur l’arrivée en Belgique de Semira et la chronologie jusqu’aux expulsions. A cause de l’action du collectif le sort de Semira Adamu est partagé par toute la société belge.

Le 22 septembre 98, avant de monter dans l¹avion, Pippeleers et Cornelis ont voulu lui parler, elle a refusé l’entretien rituel. Le procureur décrit comment elle a été emmenée menottée, comment elle a été introduite dans l’avion, avant les passagers et séparés d’eux par une haie de gendarmes. Il est clair pour le procureur que la "résistance de Semira" dont a parlé Cornelis dans ses déclarations n’a jamais existé.

L’étouffement a provoqué le coma, mais c’est seulement quand la tension musculaire de la victime s’est relâchée que les gendarmes ont lancé l’alarme. Pippeleers et Cornelis ont déclaré que tout s’est passé selon les règles. Ensuite le procureur a démonté un par un les mensonges flagrants qui figuraient dans les déclarations écrites des gendarmes. Il a qualifié la déclaration de Cornelis d’ " exemplaire ". Par exemple, Cornelis écrit que Semira était menottée avant de monter dans l’avion, mais pas fortement : il y avait entre ses mains un espace de 15 à 20 cm. La vidéo montre que c’est un mensonge flagrant, ce que confirme le procureur. Cornelis a aussi écrit qu¹elle avait essayé d’enlever sa ceinture de sécurité parce qu’elle n¹était pas menottée fermement. Le procureur montre que c’est un mensonge.
Dans la déclaration de Cornelis, le procureur a aussi lu que Semira criait et faisait un " show ". Il parle d’une attitude " hystérique et agressive ". Le procureur dénonce tout ça, sur base de la vidéo : si c’était vrai, pourquoi est-ce que les gendarmes, avec tout leur " bon sens ", n¹ont justement pas filmé ce comportement ?

Le capitaine Vandenbroecke a prétendu qu’elle avait hurlé " je ne suis pas une criminelle " tout en se débattant avec les bras. Le procureur montre que c’est impossible avec les menottes. Le procureur reprend le récit neutre des médecins légistes : la tête de Semira était entièrement enfouie dans le coussin, cette technique est médicalement risquée, la brutalité des gendarmes était disproportionnée par rapport à la situation. La mort est purement et simplement le résultat de la procédure utilisée, il n’y a aucune autre cause. Il est évident que l¹histoire de la " rébellion " est fausse.
En terminant son réquisitoire, le procureur change progressivement de registre, et parle de moins en moins fort. Les gendarmes ont fait de graves fautes professionnelles. Qui n’a jamais commis de faute professionnelle ? Le procureur fait état des rapports psychiatriques des accusés. À part Pippeleers qui a déjà été sanctionné pour une faute semblable, il mentionne qu’ils ont tous eu une " carrière sans tache ". Aucun n’a une pathologie, ils sont sociables, n’ont pas de comportement socialement déviant. En parlant dans sa barbe et l’air gêné, le procureur finit par murmurer les peines qu’il réclame. Difficile à saisir, mais nous avons compris ceci : le ministère public requiert l¹acquittement pour les deux supérieurs hiérarchiques, et la suspension du prononcé pour les autres, sauf peut-être pour Pippeleers, peine avec sursis.
Une honte. Ce que demande le procureur ressemble à un cadeau (de l’État à ses fidèles agents).

par Griet - 10 septembre 2003


0 signatures à cette pétition

Forum de l'article

Date Nom et site Web Message