Six mois de détention

mercredi 23 septembre 1998.
 

Semira Adamu est née le 15 avril 1978, dans l’Etat de Kaduna, au nord du Nigéria.

Elle est arrivée en Belgique le 25 mars 1998. Alors qu’elle transitait par l’aéroport de Zaventem pour se rendre à Berlin, elle s’est fait interpeller par la gendarmerie. Elle introduit alors une demande d’asile.

Elle expliqua aux agents que sa belle-mère (ses parents sont morts) veut la marier de force à un homme de 65 ans, qui pourtant a déjà 3 femmes. Refusant cet avenir, elle s’est enfuie vers le Togo. Elle a du le faire à plusieurs reprises mais son prétendant qui a le bras long, a réussi à la ramener. Comme, même au Togo, elle ne pouvait trouver la paix et la sécurité, elle a choisit de partir plus loin.

Directement transférée et incarcérée au centre fermé de Steenokkerzeel, elle y a attendu son permis de séjour. Malheureusement, sa demande d’asile a été déboutée, l’Office des Etrangers considérant que la Convention de Genève ne couvre pas son cas.

Son avocat, Me Steven Alcock, a alors introduit un recours pour raisons humanitaires, sur base de l’article 9.3 de la loi sur les étrangers. La réponse notifiée n’a jamais été envoyée mais la personne en charge du dossier à l’Office des Etrangers avait dores et déjà répondu négativement, affirmant que ce recours n’était pas recevable car Semira n’aurait jamais accédé sur le territoire belge. Un artifice juridique tente en effet de présenter le centre 127bis comme une zone de transit.

Pour toute réponse à Me Alcock, qui lui faisait remarquer que la jurisprudence considère le 127bis comme territoire belge, l’employée de l’Office des Etrangers lui a fait savoir que ce n’était pas son problème. Néanmoins, Semira Adamu était bel et bien régularisable. Son sort dépendait que de la bonne volonté de l’Office des Etrangers et du ministre de l’Intérieur, Louis Tobback.

Semira nous a contacté par téléphone à la fin du mois de mai, contact qui n’a jamais cessé. Directement, nous nous sommes mobilisés pour la sortir de cet enfer. Un comité de soutien est mis sur pied et lance une pétition pour la régularisation de Semira sur base de l’article 9.3. Prévu pour les causes humanitaires, il donne toute liberté à l’administration de régulariser une personne quelle que soit sa situation. Plus de 500 personnes ont signé en faveur de Semira. Plusieurs personnalités politiques sont intervenues auprès de l’Office des Etrangers.
Soucieux de mettre un maximum de chances dans le camp de Semira, le comité a demandé à Lise Thiry, personnalité belge dans le domaine scientifique, de devenir la marraine de Semira, ce qu’elle acceptait généreusement. Enfin, pour couper cours aux arguments financiers, plusieurs personnes acceptent de se porter garants. Toutes les demande de visites ayant été adressées à l’Office des Etrangers ont été refusées sans justifications. La relation entre d’une part Semira et d’autre part le collectif et Lise Thiry s’est construite à travers l’usage du téléphone. De l’argent lui était envoyé afin qu’elle puisse s’acheter des cartes de téléphone et appeler depuis le centre fermé. Grâce à ces contacts téléphoniques journaliers, Semira est parvenue à faire connaître la réalité des centres fermés, les conditions de détention, la souffrance des détenus, les exactions des gardiens, des gendarmes et de la Sabena. Petit à petit, elle est devenue le symbole de la résistance à l’intérieur des centres fermés.

Cette résistance, l’Office des Etrangers la lui a fait payer au quotidien : brimades, surveillance perpétuelle, écoutes téléphoniques, privations de visites, de nécessaire de toilette, de téléphone, changements d’ailes pour l’isoler, … Les tentatives d’expulsion se sont succédées, chaque fois avec un degré de violence supplémentaire mais chaque fois avortées grâce à l’intervention des passagers. Lors de la quatrième tentative, le 21 juillet, elle eut à subir la panoplie compète des mesures de contrainte, jusqu’au coussin. Elle expliquera à cette occasion qu’elle avait failli s’évanouir par étouffement. La cinquième fois, le 11 août, elle dut subir les menaces des gendarmes.

Cela ne l’empêche pas de témoigner dans une émission de la RTBF de grande écoute. Le lendemain, elle reçoit la notification de la prolongation de son maintien en détention, accompagnée d’une note exigeant d’intervenir « efficacement et rapidement » pour l’expulser et ce, avec l’aide de la gendarmerie. Très inquiète, elle a passé de longues heures au téléphone ce jour-là. Deux fax sont envoyés, à la Sabena et à l’association des pilotes, pour réclamer leur vigilance face à une possible expulsion de Semira.

Le jour suivant, 22 septembre 1998, elle est emmenée à l’aéroport pour être expulsée. C’était la sixième tentative en six mois.


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