"Une unité fasciste !"

Un gendarme livre son témoignage accablant

Un ancien du détachement de l’aéroport dénonce
jeudi 24 septembre 1998.
 

ZAVENTEM. Le témoignage est accablant, révoltant. Il émane d’un gendarme affecté durant plusieurs mois au détachement de sécurité de l’aéroport national, l’unité qui s’occupe notamment du contrôle des passeports, de la surveillance des candidats réfugiés et de l’escorte des étrangers refoulés.

Nous ne donnerons ni nom ni date précise de manière à protéger l’anonymat de ce gendarme, parfaitement digne de foi. II témoigne sur des faits vécus personnellement voici quelques années. « Mais pour avoir gardé des contacts sur place, je sais que la mentalité y est toujours la même », explique-t-il.

« J’ai vu à Zaventem des choses qui m’ont marqué à jamais. Dès que j’ai pu, je suis parti vers une autre unité. Le détachement de sécurité est l’unité la plus fasciste de la gendarmerie. Une majorité de gendarmes néerlandophones considéraient très mal les collègues francophones. Alors, les étrangers... J’ai assisté à des passages à tabac fréquents, d’hommes et de femmes, surtout des gens venant d’Afrique noire. Ces faits de coups et blessures étalent surtout l’œuvre de gendarmes dont certains avaient une mentalité de vrais fascistes. J’ai vu des réfugiés que l’on privait de nourriture, d’eau. D’autres à qui on serrait tellement les menottes qu’ils perdaient momentanément la sensibilité des mains. »

« L’usage de la force est légitime dans les situations de crises. Et des réfugiés se sont parfois montrés agressifs, mais la force ne peut plus être employée lorsqu’un homme est maîtrisé. La mentalité d’une grande majorité de gendarmes a bien évolué à ce sujet, mais pas à Zaventem. Après une évasion d’une douzaine de candidats du centre 127, deux ont été vite repris. L’un d’eux a été amené dons un local de garde enchaîné à un tuyau de radiateur et passé à tabac. Un combi a ensuite été utilisé pour récupérer les réfugiés qui se trouvaient dans la nature. J’ai vu ce combi le lendemain matin : l’intérieur était couvert de sang. J’ai dû convoyer un réfugié de l’Est dans ce combi. On n’a pas de besoin de lui mettre les menottes. En voyant le sang, il est devenu tout blanc. »

Y avait-il des consignes ? « Non, mais les gradés fermaient les yeux. Il y a eu des enquêtes disciplinaires. Mais la mentalité n’a pas évolué. »

Le gendarme dit ne pas avoir eu connaissance de violences lors des rapatriements de réfugiés, mais sa conclusion glace le sang : « Ce qui s’est passé mardi ne m’étonne absolument pas. »

Recueilli pu Benoît Franchimont

La Dernière Heure - 24 septembre 1998


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